Immobilier de prestige : un marché à deux vitesses
A Paris, les moyens financiers des acquéreurs français à tendance à ne plus suivre à partir d'un buget de 2,5 millions d'euros. A la différence des logements familiaux, les biens de prestige continuent à se vendre auprès des étrangers.Sur le marché de l'immobilier résidentiel haut de gamme, les chiffres peuvent être trompeurs. Pour les spécialistes de ce créneau, les mois de d'octobre et de novembre resteront sans doute marqués dans les annales en termes d'activité. « Durant le mois d'octobre, nous avons réalisé quarante-sept ventes chez le notaire, avec un prix moyen de 1,7 million d'euros, pour un volume de vente total de plus de 80,5 millions d'euros assure Alexander Kraft, PDG de Sotheby's International Realty France. Comme des transactions d'exception se concluent à Paris, mais aussi en province, l'activité ne semble pas ralentir ». Aux ventes signées chez le notaire en octobre correspondent des avant-contrats conclus en juin, par conséquent avant la prise de conscience de la dette souveraine par le grand public.
Son de cloche similaire chez Barnes qui a réalisé un excellent mois de novembre à Paris, en termes d'avant contrat. Comme les vendeurs doivent signer leur acte de vente chez le notaire avant le 1er février 2012 pour éviter la nouvelle imposition des plus-values qui s'accompagne d'une exonération au bout de trente ans au lieu des quinze années, le nombre des avant contrats s'est multiplié. « Quasiment une vente sur cinq est liée à cette réforme des plus-values immobilières » estiment ces professionnels. Ainsi par exemple un propriétaire immobilier a préféré céder sa dizaine d'appartements locatifs situés dans un immeuble en pierre de taille du XVIII°. D'une superficie comprise entre 50 et 80 mètres carrés, ces biens occupés sont partis entre 7.500 et 8.000 euros du mètre carré.
Derrière ces chiffres flatteurs se cache un marché du haut de gamme à deux vitesses en province et même dans la capitale. « Pour les biens familiaux vendus à une clientèle française, le marché de Paris intramuros a tendance à bloquer à partir d'un budget de 2,5 millions d'euros reconnait Thibault de Saint-Vincent, Pt de Barnes. Et dès qu'un appartement se situe au premier ou second étage ou encore nécessite d'être remis en état, les délais de vente s'allongent sérieusement ». Devenu plus sélectif, le marché sanctionne tout défaut par une érosion et donne des signes de faiblesse : augmentation du nombre de mandats de vente, frilosité des acquéreurs tablant sur une baisse des prix dans les prochains mois et lorsque certains s'engagent, ils sont tentés de faire jouer la condition suspensive de crédit pour sortir de leur avant contrats. «Nous assistons à un nouveau phénomène : le désistement d'acquéreurs ayant les moyens de financer leur acquisition de près de 3 millions d'euros » confie en privé un intervenant sur ce marché.
L'ambiance diffère sur les biens exceptionnels du fait de leur qualité et de leur emplacement. La vue sur les Invalides ou Notre Dame restent prisés des acheteurs étrangers qui décaissent cinq millions et plus pour s'offrir un appartement dans la capitale. « De nombreux Sud-Américains, mais aussi de Chinois et de Russes restent très actifs sur le marché français et recherchent des affaires intéressantes » poursuit Alexander Kraft. Ils n'hésitent pas à miser sur la grande qualité dans les meilleurs quartiers.
Encore qu'ils commencent à connaître les prix parisiens et par conséquent n'achètent plus les yeux fermés. Un appartement de prestige dans le XVI° ne trouve pas d'acquéreur depuis huit mois !
MARTINE DENOUNE
Source Reference:
http://www.lesechos.fr/patrimoine/immobilier/actu/0201776277473-immobilier-de-prestige-un-marche-a-deux-vitesses-258417.php
