Sotheby's International Realty France - Monaco
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Challenges

Article du 19 juin 2008

La vérité sur... immobilier parisien de luxe

L'attrait des grandes fortunes internationales pour les biens haut de gamme contribue à la poursuite de la hausse générale des prix dans la capitale

C'est un des plus beaux hôtels particuliers parisiens, un joyau classé de l'architecture du XVIIe, signé Brongniart : 3 000 mètres carrés de bâtiments, un demi-hectare de parc en plein coeur du VIIe arrondissement, près des Invalides. Après consultation du Vatican, la congrégation religieuse qui en était propriétaire vient de le céder à une famille princière du Golfe pour 66 millions d'euros, sans compter 20 millions de travaux à venir.
Il y a quelques mois, c'est l'hôtel Lambert sur l'île Saint-Louis, appartenant à David de Rothschild, que des acheteurs venus du Qatar se sont offert pour près de 70 millions. Des montants record qui ont failli être battus : un autre Qatarien avait signé une promesse de vente pour l'hôtel de la famille Pozzo Di Borgo, rue de l'Université, proposé 100 millions, avant de se désister, abandonnant un dédit colossal. Dans le VIIIe, c'est aussi à un représentant du Golfe que Pierre Cardin a vendu son hôtel particulier de la rue de l'Elysée - 600 mètres carrés sans jardin. L'affaire, estimée à 13 millions d'euros, est finalement partie pour près de 20 millions, selon le voeu de son célèbre propriétaire.

A l'abri de la crise
Les nuages ont beau s'accumuler sur l'immobilier mondial, les grandes fortunes internationales se disputent les bijoux parisiens. Un attrait qui contribue à la hausse de 10% des prix dans la capitale en un an, alors que la plupart des autres métropoles françaises affichent une baisse. Car la part des acheteurs étrangers a augmenté de moitié en dix ans, passant en moyenne de 5,2% en 1996 à 7,6% en 2007. Ils sont même autour de 15% dans les Ier, VIe et VIIe arrondissements, et autour de 10% dans le VIIIe ou le XVIe
. Dans le quartier des Champs-Elysées, à Saint-Germain-des-Prés (VIe) ou vers le Carré Rive gauche (VIIe), un acquéreur sur quatre est étranger, «et un sur deux ou trois dans le haut de gamme», estime Frank Roiena, de Dauphine Rive gauche. La plupart ayant des moyens importants, ils ont contribué à faire flamber les prix. «Le plus souvent, les étrangers n'ont pas besoin d'un emprunt, mais y ont recours par peur de l'ISF, remarque Stéphanie Sirot, notaire à l'étude Nenert et Associés (VIIIe). La plupart des banques leur prêtent sans problè me, par habitude, même si les établissements britanniques deviennent plus frileux.» Dans cette course à la pierre parisienne, les fortunes du Moyen-Orient viennent en tête, catégorie très haut de gamme. «C'est une nouvelle génération, remarque Pascale Constans, de Sotheby's Propriétés parisiennes. Leur résidence principale est en Angleterre, et ils veulent placer leur argent dans les différentes capitales.»

Nouveaux riches pressés
Mais ce sont les ressortissants des pays émergents, et notamment ceux des pays de l'Est - Russie, Kazakhstan, Ukraine... -, qui sont les plus récents sur ce marché. Tous friands du «triangle d'or» et pressés : un Moscovite a acheté un 60-mètres carrés avenue Montaigne 12 000 euros le mètre carré après une unique visite sur Internet, et n'est allé chercher les clés qu'un an après. La proximité de l'ambassade de Russie est appréciée. C'est pour sa fille que Vladimir Poutine a repris l'appartement de l'animateur Arthur (500 mètres carrés avec terrasse de 300 mètres carrés) dans les immeubles Walter, place de Colombie (XVIe), pour une somme estimée entre 15 et 20 millions d'euros.
Avec l'explosion de la construction en Russie, les banquiers et les promoteurs enrichis arrivent à Paris avec des moyens colossaux, ... : «Ce sont des hommes d'affaires âgés de 30 à 40 ans, qui cherchent des pied-à-terre de luxe, de 100 à 200 mètres carrés. Leur obsession est de faire sortir l'argent de Russie.» Mais on voit aussi débarquer des familles pour lesquelles Londres est devenu vraiment trop cher.

Quartiers de prédilection
«La rive droite reste aussi prisée des Libanais et des Africains, notamment dans le XVIe ou à Neuilly», ... Un ambassadeur de ce continent a ainsi acheté une maison près du Bois 13,5 millions d'euros. L'avenue Foch, chère aux Duvalier et aux Bongo, reste le royaume des Saoudiens : on peut y trouver un appartement de 1 000 mètres carrés propriété de la famille du roi Fahd, vide.
Le Marais et la rive gauche attirent davantage les Européens, Italiens et Anglais en particulier, plus sensibles à l'aura intellectuelle. Cela ne les empêche pas de rester exigeants : le détenteur d'une des plus grosses fortunes immobilières britanniques, possédant déjà 1 000 appartements à Londres et trois propriétés sur la Côte d'Azur, a finalement renoncé à acheter un bien place des Vosges. Australiens et Sud-Américains sont également présents. C'est un Brésilien qui a acheté 8 millions d'euros un 400-mètres carrés superbement refait sur la Seine, près du musée d'Orsay. «Mais le centre de Paris, du 1er au IVe, attire aussi des étrangers de la bourgeoisie, moins fortunés, qui souhaitent simplement un pied-à-terre, ou un investissement en location meublée à la semaine», ... . Le ralentissement actuel du marché va-t-il refroidir cette fi èvre cosmopolite pour la capitale ? «Paris reste accessible pour de nombreux étrangers, et la plupart achètent sur un coup de coeur, leur motivation ne semble pas faiblir», ... . Mais pas au point de remplacer Londres, même avec des prix moins boursouflés. «La capitale britannique reste plus favorable aux étrangers, notamment pour la fiscalité, ... . Et il y a plus de 100 000 résidents russes à Londres. De plus, Paris n'offre pas pour eux la même qualité de biens ou de services, et n'est donc pas leur première destination.» Pourtant on ne voit guère qu'un étranger pour acheter le somptueux 1 200-mètres carrés (plus 500 mètres carrés de terrasse) d'Alain Delon, avenue du Président-Kennedy (XVIe), proposé dit-on à 59 millions d'euros. A côté, la maison de Gérard Depardieu à Au teuil, vendue 4,5 millions à un Français, fait cheap. Reste un élément à prendre en compte : Indiens et Chinois ne sont pas encore présents sur le marché de l'habitation parisien. Eux aussi préfèrent Londres... pour le moment.

 

Yves Le Grix

Source Reference:
http://www.challenges.fr/magazine/coulisses/0129.015566/?xtmc=sotheby_immobilier&xtcr=2

 
 
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