Alexander Kraft, Pdg de Sotheby?s International Realty France
Vous déclariez au premier trimestre que la crise de 2009 était une crise de confiance, pas de liquidité. Confirmez-vous cette opinion un semestre plus tard ?Absolument. Nos chiffres du 2ème trimestre et du 3ème trimestre encore en cours nous montrent clairement que la clientèle haut de gamme fait de nouveau confiance au secteur de l’immobilier de luxe et est, encore une fois, prête à faire des investissements importants dans la pierre. En termes de volume de vente, nous avons déjà vendu plus de 100 millions d’euros au 3ème trimestre, par rapport à 71,6 millions au 1er et à 78,5 millions au 2ème trimestre. En addition au marché immobilier de prestige « normal » entre 1 million et 3 millions d’euros, nous voyons maintenant aussi une reprise sur le marché du très haut de gamme, entre 3 et plus de 20 millions d’euros. Par exemple, nous avons conclu plusieurs transactions autour de 20 millions d’euros sur la Côte d’Azur à la fin du 2ème trimestre. Au total, nous avons pu enregistrer plus de 73 transactions avec un prix de vente moyen de 1,3 million d’euros au 3ème trimestre. Le marché parisien reste-t-il une exception nationale au vu des autres régions françaises ? Quels chiffres pouvez-vous annoncez à l’appui ? Le marché parisien reste une exception par rapport aux autres marchés français. Paris n’est pas uniquement un centre d’affaires international comme Hong Kong, Milan ou Francfort, mais aussi toujours un rêve universel pour les amoureux de l’architecture, de l’histoire, des beaux arts et de la mode ; il n’y a que Londres et New York qui disposent d’un atout comparable. En revanche, contrairement aux marchés anglais et américains, le marché français est resté beaucoup plus stable, ce qui attire aujourd’hui beaucoup d’investisseurs internationaux à la recherche de valeurs sûres. Notre prix moyen à Paris est plus de 2 fois supérieur à celui du reste de la France. 2.6 millions d’euros au 3ème trimestre par rapport à 1.3 million d’euros dans les autres régions du pays.
Votre analyse de marché est bien souvent plus transparente et optimiste que celle de vos concurrents. Discrétion et confidentialité sont moins votre tasse de thé ?
Au contraire, Sotheby’s International Realty France est connue pour sa discrétion envers ses clients et la confidentialité de ses transactions sensibles. Par exemple, dans les derniers 9 mois, nous avons conclu un grand nombre de transactions avec des familles royales, des chefs d’Etat, des designers célèbres et beaucoup d’autres VIPs mondialement connus, mais nous n’en publierons jamais le moindre détail. Par contre, il faut bien distinguer la discrétion absolue concernant des transactions spécifiques de la transparence totale concernant l’état du marché. Comme vous le dites, nos analyses sont plus transparentes que celles de nos concurrents. Pourquoi ? Parce qu’en tant que leader national et international, il faut baser son analyse sur des faits, sur des chiffres d’affaires bien réels. Ayant travaillé dans plus de 20 pays du monde entier, je trouve personnellement assez surprenant qu’il existe en France très peu de chiffres fiables sur le marché immobilier de prestige. Pour moi, c’est tout simplement une question de professionnalisme que d’offrir à nos clients et au public la même transparence que celle existante dans tout autre domaine du luxe tels que l’horlogerie, les voitures de prestige ou les vêtements haute couture.
Sotheby’s est le plus cosmopolite des acteurs de l’immobilier de gamme français. Quels avantages, et inconvénients, ce statut vous confère-t-il ?
Notre statut unique sur le marché immobilier français nous confère beaucoup d’avantages comme une base de clients extraordinaire, un énorme nombre d’inter-agences grâce à un réseau international avec plus de 500 agences dans 40 pays, des ressources considérables grâce à un pouvoir d’achat combiné, et un professionnalisme et un savoir-faire hors du commun. L’inconvénient, c’est que nous sommes parfois perçus comme une société « étrangère » bien que tous nos représentants français soient des professionnels locaux bien établis qui ont été soigneusement sélectionnés et qui disposent, grâce à nous, de connexions et de ressources internationales. Vous avez un nom éminemment prestigieux. C’est un véritable atout transactionnel ou juste une magnifique carte de visite ? Particulièrement dans des temps difficiles comme aujourd’hui, notre nom prestigieux est un vrai atout transactionnel car il inspire confiance à une clientèle hyper-sensibilisée. En 2010, la navigation du marché immobilier est plus compliquée que jamais, et un nom prestigieux, combiné avec un savoir-faire établi et des ressources internationales, rassure spécialement les acquéreurs et les motive dans la conclusion de transactions. Mais je ne nierai pas que notre nom est aussi une magnifique carte de visite qui ouvre beaucoup de portes, spécialement aux vendeurs, qui restent habituellement fermés aux agents immobiliers « normaux ».
Dans votre créneau du prestige, le rôle de l’agence est-il très différent de celui d’une agence immobilière traditionnelle ?
Tout à fait. En 2010, il ne suffit plus de rester dans son agence immobilière, d’être membre de quelques clubs ou cercles et d’afficher ses offres dans une vitrine. Aujourd’hui, dans notre créneau du prestige, les clients deviennent chaque jour plus internationaux, plus éduqués et plus exigeants. Ils demandent une parfaite connaissance du marché, spécialement en comparaison avec les marchés étrangers, une présentation ultra-soignée qui correspond aux exigences d’une clientèle habituée aux meilleurs produits dans tous les domaines, et, avant tout, un service total qui se ne contente pas simplement de présenter son inventaire mais propose une « solution complète » qui corresponde à 100% au style de vie du client. Nous offrons tout cela, plus des services complémentaires normalement réservés aux services de conciergerie haut de gamme. Nous avons conclu des partenariats stratégiques avec des constructeurs de yachts comme Azimut-Benetti, des horlogers comme Rolex, des couturiers comme Cifonelli ou des restaurants étoilés comme « Les Crayères » dans lesquels nos clients bénéficient d’un accueil VIP et d’offres très spéciales. C’est un système extrêmement difficile à établir, mais très apprécié par une clientèle distinguée et qui la « fidélise » sur le long terme.
Vous avez dirigé le prestigieux Département Ventes aux Enchères de Sotheby’s. Identifiez-vous des points communs entre le marché de l’art et celui de l’immobilier de prestige. La clientèle de l’immobilier est-elle animée par les mêmes passions ? Y-a-t-il des passerelles de marchés ou de clientèle entre ces deux univers, art et immobilier ?
J’ai personnellement pu constater qu’il y a énormément de parallèles entre l’art et l’immobilier de prestige. Tout d’abord, l’immobilier, comme l’art, est presque toujours une expression de la personnalité de son propriétaire, un cadre pour une vie entière. Souvent, on peut juger le caractère d’une personne grâce à sa propriété… ou ses œuvres d’art. D’autre part, l’immobilier de prestige, tout comme l’art, est généralement un investissement considérable qui doit être pensé sur le long terme. Troisièmement, la clientèle est presque à 100% identique : il y a très peu de collectionneurs d’art sérieux qui ne sont pas également propriétaires de demeures importantes, et vice versa… Et « last but not least », l’immobilier de prestige et l’art ne peuvent pas être définis par leur prix, mais bel et bien par leur qualité. Finalement c’est toujours le charme qui compte, pas le prix sur l’étiquette… !
www.sothebysrealty-france.com
Propos recueillis par Gilles Arnoux.
Source Reference:
http://www.directgestion.com/sinformer/dgmag/7909-alexander-kraft-pdg-de-sothebys-international-realty-france
